DAWOUD BOUNABI

A LA RENCONTRE DE DAWOUD BOUNABI

S’il existe un batteur acharné au travail de l’instrument, c’est bien lui. Vous découvrirez et apprécierez
la simplicité et l’honnêteté des réponses qu’il a apportées aux diverses questions. C’est un spécialiste des
rythmiques du Maghreb, mais pas seulement, c’est aussi un batteur de jazz de haut niveau, très engagé,
et un pédagogue d’une efficacité redoutable.
Il est aussi à l’origine du concept du 12/8 au 4/4 et d’une méthode qui se nomme LE BERNAIRE.
(Franck Cascalès)

1) Quel est ton parcours musical ?
J’ai commencé en tant qu’autodidacte, j’ai appris seul, en me débrouillant, en écoutant des trucs.
Après j’ai eu des conseils par des amis batteurs.
Et le tournant important a été lorsque j’ai fait mon service militaire, en fait j’étais dans la fanfare,
j’ai pu étudier le tambour d’ordonnance, avec les rudiments que tout le monde connaît.
J’ai ensuite fait le CMCN de Nancy, en 1993 et 1994, que l’on appelle aujourd’hui
le MAI où j’enseigne parfois.

2) Peux-tu nous parler de ta manière de travailler ?
J’essaie d’avoir une pratique régulière, d’au moins 3h par jour, en faisant tous les exercices
possibles, je travaille les mains et les pieds séparément, et ensuite les deux ensemble.
En fait, je fais de la coordination, et travaille beaucoup l’indépendance, ainsi que les débits de notes
(la découpe du temps).
Exemple : croches, triolets, doubles, etc…

3) Comment, selon toi, un batteur doit-il organiser son travail ?
Est-ce que c’est un travail qui doit ressembler au tien, ou doit-il être adapté à chaque batteur ?
Ca c’est une super question, j’adore !
Je pense qu’on doit tous trouver notre façon de travailler, car nous sommes tous différents.
Ce qui est supra important, c’est d’avoir une méthode de travail.
Comme dans tout ce que l’on fait, il faut avoir une méthode qui nous corresponde.
Si on n’a pas d’idées, il faut demander, parce qu’il y a des gens qui ont de bonnes méthodes.
Par exemple, quand je travaille, je sais toujours à l’avance ce que je vais travailler, je note tous les
jours la date du jour où je travaille, ce que je travaille, l’exercice que je fais.
Je travaille toujours avec le métronome, comme ça je vais toujours plus loin avec les tempos, ça me
permet de savoir où je vais, et d’où je repars le lendemain.
Ca me permet d’aller toujours un peu plus loin dans mon travail, enfin c’est très personnel, c’est ce
qui me convient en tout cas.
J’aime bien cette façon de travailler, ça évite d’être dispersé, je pense qu’il faut vraiment savoir ce
qu’on va travailler avant de commencer.

4) Appuies-tu ton travail sur du solfège rythmique, ou au « feeling » ?
Mon travail est fondé sur la lecture, sinon je me rends compte que je tourne vite en rond.
N’oublions pas que la technique est un vocabulaire, on ne peut pas se servir de mots que l’on ne
connait pas.
C’est pour ça que le solfège rythmique, les exercices ou les méthodes écrites, sont toujours
intéressantes.

La personne qui a écrit sa méthode a proposé « son vocabulaire », et à force cela nous enrichit.
C’est pour cela que je me sers des écrits d’autres personnes.
Par contre j’essaye toujours de travailler en gardant en tête le développement de mon phrasé
mélodique.

5) Tu es batteur indépendant, comment se déroule le travail avec les artistes que tu accompagnes ?
Je fais beaucoup de compositions, je fais rarement de la reprise. Donc j’ai toujours un travail de
composition à faire, ce qui est intéressant pour moi, car je m’organise à ma façon.
Les gens m’appellent pour « ma façon » de jouer, donc le travail se fait toujours avec une trame
mélodique, on me demande ensuite de poser une rythmique dessus, et là, je m‘appuie sur tout ce que
j’aurai travaillé au préalable, ça me servira.
Tout ce que j’ai travaillé me sert à avoir mon propre vocabulaire, ça me permet de m’exprimer de la
manière que je veux et je peux, pour jouer au sein des différents groupes.

6) Tu as depuis des années, l’étiquette de « batteur aux diverses rythmiques du Maghreb », qu’est-ce que
tu en penses ?Souhaiterais-tu élargir cette réputation ou pas ?
Tu sais, les gens te donnent une étiquette, pour se rassurer. Je joue effectivement beaucoup de
musiques du monde, mais je joue aussi de plein d’autres musiques.
Je joue du jazz, du funk, je fais de la chanson, je joue plein de styles différents.
Après, les gens te demandent pour un certain style de musique, parce que c’est ce dont ils avaient
envie à ce moment là, ils vont me demander de développer plus ce style de musique là, mais ce n’est
pas forcément pour ça que je ne jouerai qu’un seul style.
J’ai toute une palette sonore qui me correspond, plus que la musique du Maghreb.

7) Quel sont les artistes avec qui tu joues ?
Jean Marc Padovani, Fwad Darwich and dialects, Zogo D’Ewondo et Sefarat al Khafâa.

8) Que penses-tu des diverses vidéos de batteurs que tu peux voir sur Internet ?
Tout est bien, mais je ne peux pas avoir de jugement sur tous ceux qui se mettent en ligne.
Internet donne quand même l’avantage à chacun de pouvoir trouver ce qu’il recherche.
Après, il faut avoir une maturité suffisante pour savoir trouver exactement ce que l’on veut.
Mais ce n’est pas, pour moi, un outil de travail !
Internet, ça reste quand même superficiel, rien ne vaut l’échange avec quelqu’un de réel.
9) La protection auditive, est-ce pour toi important ?
Oui, depuis que je joue de la batterie, je me suis toujours protégé les oreilles, c’est comme les
baguettes, on ne peut pas jouer sans.

10) Pour toi, qu’est ce qui caractérise un bon batteur ?
Qu’il soit à l’écoute des autres, qu’il ne joue surtout pas pour lui même.

11) Y a-t-il des batteurs qui ont influencé ta façon de jouer ?
Oui, tout plein… J’ai toujours adoré Stéphane Huchard, François Laizeau, André Ceccarelli.
Il y a aussi Elvin Jones, Vinie Calaiuta, Steve Gadd, Dave Weckl, Dennis Chambers.

12) Aujourd’hui nous sommes ensemble dans une Maison d’arrêt, pas commun comme lieu, quel est
l’intérêt pour toi de jouer ici ?
J’avais envie d’échanger, j’aime le partage, j’aime rencontrer les gens, me nourrir des autres.
Il y avait aussi de la curiosité, mais je voulais avant tout savoir si j’étais honnête dans ma
démarche.
C’est un endroit qui ne m’était pas acquis au départ, souvent quand on joue quelque part, on est
attendu, les gens savent ce que vous faites.
Là, je suis arrivé dans un lieu où les gens ne me connaissaient pas, et moi je ne les connaissais pas
non plus.
Je me suis posé la question de savoir comment j’allais commencer mon intervention, de plus, ce sont
des gens qui ne sont pas musiciens.
Mais je suis toujours clair et honnête dans mes démarches, et je pense que cela c’est ressenti.
Ca s’est très bien passé, car il y a eu cet échange entre nous, c’était super !

13) Pour finir, quels conseils peux-tu donner, aux plus jeunes et aux autres ?
Avoir confiance dans son travail, savoir être patient, mais surtout y croire !

Propos recueillis par Franck Cascalès et retranscrits par Nadège Cascalès

 

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